Les hanches larges_Chapitre 2
Les hanches larges_Chapitre 2

Les hanches larges_Chapitre 2

La scène de sexe : un défi et un piège.

Je me souvenais bien sûr avoir écrit des scènes de sexe et de celle-ci en particulier. Rappelez-vous, j’ai commencé à écrire pour prouver à un ex que je savais faire quelque chose et ça passait probablement par là. Il y avait aussi l’idée du défi : étais-je capable d’écrire une scène un peu crue, moi ? Aujourd’hui, j’ai du mal à savoir ce que je pense de cette scène. Il y a des éléments que j’aime toujours, mais plutôt dans l’atmosphère autour, la description des personnages, de leurs regards et des mouvements de leurs corps l’un vers l’autre que du sexe en lui-même. Je redoute toujours d’y voir un male gaze dont j’étais évidemment empreinte sans en être consciente à l’époque. Ce que je décris est à la fois ce que je connais mais aussi ce que j’ai l’habitude de voir, ce qu’on me propose, ce qu’on me vend alors comme sexy. Je me souviens bien avoir eu l’intention d’écrire du point de vue de la fille mais ça n’était pas nourri de lectures et de réflexions militantes.

Cette scène (et les suivantes puisque je crois qu’il y en a d’autres) est malheureusement aussi associée à un mauvais souvenir. Je crois que je l’ai déjà évoqué quelque part sur le blog : un éditeur s’est montré intéressé par ce texte mais il fallait le retravailler. L’une des raisons était qu’il était à la fois trop long pour une nouvelle et trop court pour un roman. Mais je me souviens aussi qu’il avait critiqué ces scènes, les trouvant trop sages par rapport à ce qui pouvait se faire. En gros, « il fallait y aller vraiment » et « je pouvais faire mieux ». Je n’ai plus ses mots précis – et n’ai aucune envie de replonger dans mes notes de l’époque -, juste un vague sentiment qu’on me reproche de commencer à chauffer sans aller au bout, d’être un peu sexy mais pas assez et qu’on affirme avec un air que je n’aime pas beaucoup, que je pourrai faire mieux. A moins que peut-être, je ne sois trop sage en fait et alors bon, c’est pas la peine d’aller sur ce terrain là… Mon texte mélangé à ma personne troublée par ses commentaires mi-jugement mi-défi ont donné entre autre un déjeuner alcoolisé suivi d’un après-midi dont je garde un très mauvais souvenir. Je n’ai pas maitrisé ce qui se passait tout en ayant le sentiment d’en être responsable, de l’avoir provoqué. C’était désagréable, sans être dramatique non plus – n’allez pas imaginer le pire juste parce que je n’ai pas envie d’entrer dans les détails que ma mauvaise mémoire entretient mal. Aujourd’hui, j’ai davantage d’armes pour penser cet inconfort. On ira pas jusqu’à prétendre qu’on saurait éviter le malaise… Reste qu’au moment d’écrire une éventuelle scène de sexe (dans un nouveau roman, pas dans un dessin animé pour enfant, m’enfin !), je ne sais jamais si c’est assez sans être trop, ni même exactement ce que ces remarques signifient (et racontent de celui qui les fait.) Je crois juste avoir compris que c’est de toute façon un exercice difficile, dans lequel le risque de frôler le ridicule n’est pas nul…

Bon, trêve de réflexions, on retourne dans cet appartement moite de Belleville, où cette fille attend son amant…

A présent allongée sur son lit dans une petite robe noire. Une main sur sa taille, la trouvant particulièrement fine au dessus de ses hanches rondes. Ce creux de son corps, invisible pour la majorité des gens, elle imagine que c’est la main de son amant qui le caresse. Large et chaude, suivant ses courbes qu’elle a longtemps trouvées ingrates. Longtemps. Jusqu’à ce qu’ils les trouvent généreuses et appétissantes. Sa main gauche passant de sa taille à ses petits seins, puis au bas de son ventre déjà chaud. L’autre main jouant négligemment avec un paquet de cigarettes. Un regard sur son portable. Son amant est en retard. Elle se lève. Pieds nus, les ongles vernis de rouge vif. S’approche de la fenêtre. Allume une cigarette.

On sonne à l’interphone. Elle ouvre la porte de l’immeuble sans un mot à son visiteur. Entrouvre la porte de l’appartement et retourne s’allonger sur son lit, lascive, un léger sourire flottant sur les lèvres, la pose étudiée pour être aguichante.

L’amant entre. Fait trois pas et se retrouve dans la petite chambre sombre et moite. Elle lui tourne le dos négligemment. Un rayon de soleil comme un projecteur discret sur sa nuque délicate. Il sait.

Il est derrière elle. Contre elle. Elle ne bouge pas, frémit à peine quand dans un souffle, il lui dit bonjour. Murmure à l’oreille. Tout contre la nuque. Sa main descend de son épaule à ses hanches, s’attarde sur sa taille. Il la sent tressaillir. C’est un jeu qu’ils connaissent. Bientôt elle attrape sa main et la guide sur son ventre. Puis se tourne doucement sur le dos, lui laissant enfin voir son visage : son sourire déjà satisfait, ses yeux pétillants. Ses petits seins palpitants sous le tissu fin, son ventre un peu gras, tendre, moelleux, juste en dessous son sexe, déjà humide,  effleuré d’un doigt au travers de la mince culotte en coton.

Elle l’attrape par la nuque et plaque ses lèvres contre les siennes. Ses mains se font tour à tour fortes pour le maintenir contre elle et plus légères, papillonnantes, pour des caresses fuyantes. De temps en temps, elle enfonce un ongle dans sa nuque, la naissance de ses omoplates ou la racine de ses cheveux. La chute de ses reins est à elle. Sa bouche est de plus en plus chaude, sa langue de plus en plus vive. Il ne dirige plus rien, elle le plaque, remonte un peu sa robe, dévoilant un bout de culotte rose, s’accroupit au-dessus de lui. Il l’attrape par la taille et sourit. Elle se baisse vers lui, enfonce son visage dans le creux de son cou, le mordille, passe sa langue sous le col de sa chemise, en ouvre les boutons. Elle recouvre son torse de baisers doux ou de légers coups de dents. Il sursaute souvent, soupire encore davantage. Il caresse sa taille, ses fesses, remontant encore un peu la robe noire. Ses seins, tout son corps lui appartient. Elle déboutonne son pantalon, le baisse un peu pour faire sortir son sexe en érection. Elle dépose un baiser sur le gland et lève les yeux vers lui. Puis lui retire son pantalon et son caleçon. Il jette à l’autre bout de la pièce la petite robe noire inutile. Elle prend son sexe entre ses lèvres. Il gémit. Elle stoppe subitement, il en profite pour reprendre le dessus et lui enlève sa culotte. Elle se plante sur lui. Yeux dans les yeux, ils gémissent. Comme s’il occupait une place qu’il ne devait jamais quitter. Comme si elle sentait qu’il comblait un vide. Enfin. Le temps peut s’arrêter.

Lui allongé sur elle, ils restent ainsi un moment. Elle apprécie son poids qui l’écrase. Il aime le contact de ses petits seins aplatis sous son corps et recouverts de sueur.

Elle bouge la première et lui sourit, légèrement lasse. Allume une cigarette. Lui tend. Il se redresse et tire une latte dessus, sans la quitter des yeux. Ses yeux à elle au contraire vagabondent. Se posent un instant sur les vêtements de Louis abandonnés au pied du lit, puis sur le pied de Louis, puis brièvement croisent son regard, avant de s’en détourner, attirés par le rideau toujours clos. Elle se lève et il la suit des yeux. Elle écarte le rideau. Dehors, le soir n’en finit pas de chuter.

Il lui demande comment elle va.

Dans un sourire, elle répond.

  • Bien.

Et n’ajoute rien. Il se lève et lui apporte la cigarette à la fenêtre. Elle l’attrape par la taille et le serre un bref instant contre elle mais au moment de recracher la fumée, s’éloigne de lui et disparaît vers la cuisine. Il regarde l’endroit où elle n’est pas, jusqu’à ce qu’elle revienne.

Il propose.

  • On se fait un ciné ce soir ?
  • Oui pourquoi pas.

Elle revient vers lui, un verre glacé à la main.

  • Tu bois quoi ?

Elle lui tend le verre.

Il boit une gorgée d’un alcool glacé, brûlant son corps. Elle met un disque. Louis se rhabille. Elle le regarde faire. C’est un beau garçon, mince au visage anguleux. De grands yeux très sombres, des cheveux presque noirs en bataille, un léger sourire ironique constamment fixé sur ses lèvres. Celle du bas un peu épaisse. Appétissante. Il porte un jean sombre et une chemise à fines rayures bleues pâles. Chic, cool et sexy. Sa voix est chaude, posée. Il dit :

  • Tu as envie d’aller voir quoi ?
  • Quoi ?
  • Au cinéma.
  • Je ne sais pas ce qu’il y a…

Elle attrape son ordinateur portable et s’assoit sur le lit. Il tend la main et passe ses doigts dans les boucles rousses emmêlées. Elle lève les yeux vers lui. Souriant. De plaisir, il en est sûre. A voix basse, il dit :

  • On peut aussi faire autre chose si tu veux… aller dîner, boire un verre, se promener…

Elle le regarde dans les yeux, intensément, la bouche close. Louis se perd un instant.

Puis détournant les yeux, elle dit.

  • Un ciné, c’est bien.

Tous deux se tournent vers l’écran de l’ordinateur. 

Dans un souffle imperceptible, peut-être même est-ce seulement dans sa tête, Louis dit :

  • J’ai envie de passer du temps avec toi…

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