Comment ça va vous, maintenant que 2024 est bien entamé ?
On va pas se mentir, je sais que personne ne me lis encore au moment où j’écris ces lignes. Et je sais aussi que même si c’était le cas, on approche à peine de la mi-février, tout le monde attend la fin de l’hiver alors qu’on est seulement à mi-parcours de la saison alors comment ça va, franchement c’est pas une question qui attend réellement une réponse. On attend le printemps.
Et bien figurez vous que le printemps, j’y suis entrée moi. C’est une image bien sûr. Une image à ajouter à celles qui me viennent depuis quelques semaines : un brouillard qui se dissipe, la remontée d’une grotte… Bref, je sors d’un passage à vide.
En 2023, j’ai fait ce que j’appelle « un p’tit burn out ». Pas tant par amour de l’euphémisme que parce que je sais que d’autres traversent pire. Par exemple, j’ai toujours réussi à me lever, et même à sortir de chez moi. Mais j’ai quand même passé une journée roulée en boule sur mon lit à pleurer parce que je n’arrivais plus à lire (alors que ça constituait la moitié de mon travail), j’ai découvert des problèmes gastriques jusqu’alors inconnus et j’avais peur de traverser la route, même sur un passage piéton au feu vert. Quelque chose en moi était cassé et surtout, j’étais épuisée. Un niveau de fatigue absolument pas comparable à un lendemain de fête ou un retour de festival. Un sentiment de vide total, peu importe le nombre d’heures dormies. Je suis arrivée à ça en mai, à l’issu d’une mission professionnelle qui aura duré 9 mois, dans laquelle je remplaçais… quelqu’un partit en burn out. Voilà, c’était en quelque sorte écrit sur l’emballage mais pour plusieurs raisons, j’y suis allée quand même.
Quand cette mission s’est arrêtée, mon enveloppe a erré quelques semaines jusqu’aux vacances d’été. Je me suis ainsi traînée au festival d’Annecy où j’ai trouvé du plaisir différemment des autres années. Au ralenti, dans les salles de projection plutôt qu’en soirée. J’en garde un souvenir ouaté. J’ai parlé avec des collègues, des qui connaissent et qui disent « ah ben tu sors d’une direction d’écriture, faut te reposer ». Etrange sentiment que ce total inconfort prend des allures de normalité. Quel est donc ce monde étrange qu’on nous vend ?
Juillet est arrivé, je suis partie en vacances. J’ai cru me reposer en Alsace mais je me suis retrouvée à faire des travaux chez ma sœur (en pleine canicule et sous la direction du mec de ma mère qui n’est clairement pas au même tempo que moi…) Ça m’a permis de constater que mon corps allait bien. C’était bel et bien ma tête qui était HS. J’ai enchaîné ensuite cure de sommeil et grande douceur pour finir l’été sur les routes d’Ecosse, le tout entourée d’amour et d’amis. Si bien qu’arrivant en septembre, j’ai cru que j’allais mieux.
Mieux oui, mais pas encore bien. J’arrivais à nouveau à me mettre derrière mon ordinateur, à lire et même à écrire un peu. Je me suis lancée dans des cours d’anglais (excellente décision, on y reviendra probablement !), j’ai réussi à achever la V1 de mon roman et à le relire. Mais tout restait un peu mou. Décembre a fini par arriver et la fatigue revenir. Tartinée de culpabilité cette fois car j’avais le sentiment d’avoir peu fait les derniers mois et me trouvait dans un état lamentable – c’est à dire que je me lamentais beaucoup…
Le temps étant ce qu’il est, janvier est arrivé. Je trépignais encore en râlant la première semaine, quand soudain…
Je ne sais plus très bien si c’était un lundi ou un mardi mais vraiment, soudain, le brouillard s’est dissipé. Le premier jour je n’ai rien dit, ça pouvait ne pas durer, c’était peut-être lié à mon cycle ou à une nuit particulièrement bonne. Le second jour je n’ai rien dit non plus… mais je crois qu’à la fin de la semaine, comme le sentiment durait, j’ai commencé à verbaliser : j’allais mieux ! J’aillais enfin mieux, j’allais vraiment mieux. J’allais comme je ne étais pas allé depuis… depuis…
… depuis bien avant cette fameuse mission qui m’a mise à terre en fait ! J’arrive à nouveau – je peux bien en parler au présent puisque c’est toujours le cas aujourd’hui – à faire plusieurs tâches différentes dans une même journée, à courir d’un rendez-vous à l’autre et à quand même avoir envie d’avoir une vie sociale en soirée et le week-end. Je ressens aussi un regain d’intérêt général. J’ai envie de lire, de faire des choses, de voir et d’écouter les gens… La joie est revenue. Je me retrouve alors que je n’avais pas conscience de m’être perdue. Où et quand ai-je disparu ?
En remontant un peu le temps, je me vois arrêter petit à petit tous mes engagements associatifs, réduire globalement mes activités et ma vie sociale. Dans le même temps, j’ai aussi le sentiment de prendre soin de moi, de m’écouter davantage. Je considère ça comme positif et je pense que ce sentiment a un peu masqué l’autre face de la pièce. En réfléchissant à tout ça, je réalise que je suis sortie de ma première direction d’écriture (épuisée, faut-il le préciser ?) fin juillet 2020, soit entre deux confinements. J’ai cru me remettre en quelques mois mais je réalise aujourd’hui que les bouleversements étaient trop importants. Ces 2 ans, 2020-2022 m’ont marqué plus encore que je ne l’ai cru en les traversant. Et c’est de ce brouillard là que je pense avoir émergée il y a quelques semaines. Je vais bien comme je n’ai pas été bien depuis… quelque part en 2019.
Pourquoi est-ce que je vous raconte ça ?
- Parce que la naissance de ce site date de ce moment là. C’est une idée, puis une envie à laquelle j’ai réussi à m’accrocher. Je ne l’ai pas remisé dans un coin en soupirant que j’étais fatiguée, que je n’y arriverai pas et que ça ne servait à rien. Dans un sens, ça m’a même probablement aidé à dissiper les dernières nappes de brouillard. Ça n’est pas rien.
- Et puis parce que je sais que je ne suis pas la seule. Je vous vois, je vous parle. Souvent, c’est même plutôt dans les silences et les absences que ça se révèlent : on est abîmé. Et c’est pas seulement parce qu’on vieillit. C’est autre chose… qui donne envie de demander, plutôt que « comment ça va ? » : qui n’a pas fait de burn-out en 2023 ? (Même un p’tit ?) Collectivement, on a perdu de notre superbe et il était probablement impossible qu’il en soit autrement.
- Enfin, parce que j’ai décidé que je ferai à peu près ce que je veux ici.
En revanche, je ne vous le raconte pas en prétendant avoir quelque chose à vous apprendre. Je peux même pas affirmer que ça va aller, que vous allez sortir du brouillard. J’en sais rien et puis je crois pas tellement à ce genre de phrase toutes faites – ce qui ne m’empêche pas de les prononcer parfois. Je me dis juste que reconnaitre le brouillard peut aider, qu’avoir de temps en temps des récits de sa disparition peut faire du bien… et en attendant, il y a une vie même dans le brouillard.
Moi par exemple, j’ai profité de cette période pour faire une petite crise de la quarantaine ! J’en sors plus stable et apaisée dans ma vie sentimentale et plus tatouée. Je suis aussi plus myope mais ça pour le coup, je crois que ça n’a vraiment rien à voir !
(Sur l’image en tête d’article, c’est un tatou, inspiré du personnage de Narcisse, le tatou de Tulipe, créé par Sophie Guerrive. C’est Chantal dessine mal qui l’a incrusté dans ma peau).
Coucou
Ravie de découvrir ce nouveau blog.
Ah ah que je me reconnais dans cet article 🙂
Et ça me donne l’idée d’écrire aussi des petites brèves plus persos sur mon blog
Au plaisir de vous (re)lire
Stephanie
Bienvenue Stéphanie et merci beaucoup pour ce message encourageant ! Je suis ravie si ça contribue à nourrir vos conversation sur le divan ! 😉
A bientôt !