Dimanche 8 juin, dans le train, avant que tout commence.
Comme chaque année depuis 2012 – à l’exception de 2020 puisque le festival n’a pas eu lieu – je me rends au festival du film d’animation d’Annecy. Les éditions s’enchainent, le lac et les montagnes sont toujours bien en place, tout comme la plupart des restaurants à fondues de la vieille ville, mais mon festival change à chaque édition.
Est ce qu’on attend quelque chose de l’édition 2025 ?
En 2012, je suis arrivée au festival presque par miracle – qui a en réalité un prénom, Matthieu – en tout cas une succession de hasards. En arrivant, je ne connaissais presque personne, en repartant, j’avais un crush secret, un « mec », pleins de nouveaux potes et de noms du secteur en tête. Entre, j’avais très peu vu de film, très peu dormi, beaucoup bu, fumé et dansé. Je suis rentrée à Paris, émue, épuisée et ravie. L’histoire d’amour n’a pas duré, le crush secret s’est éventé et transformé en une histoire un peu pourrie comme on en as probablement toustes, les amitiés ont évolué mais pendant quelques années, mon festival d’Annecy c’était les copains, les restaus, les tour en bateau et les baignades dans le lac. Et c’était parfait pour ça, comme ça.
Et puis je ne sais pas exactement quand, j’ai commencé à vouloir voir des choses, de plus en plus de choses. Pour tenter de préserver mon sommeil et mon besoin de solitude dans ces moments de nécessaire sociabilité, je suis sortie des grosses coloc’ pour des espaces plus petits, voir carrément solitaire. Je ne suis toujours pas la reine des rendez-vous professionnels et souvent je rentre à Paris, émue, épuisée, globalement ravie mais aussi un peu frustrée, parce que je me dis que j’aurai du faire ci ou ça autrement. Pourtant chaque année, j’y reviens, en râlant que c’est trop cher – vraiment, les logeurs abusent c’est terrifiant et il n’existe pas d’accréditation dédiée aux auteurs ce qui fait que chaque année, on a l’impression de mendier un tarif – et que c’est galère de voir ce qu’on veut voir. Mais la ville et en particulier sa situation géographique est superbe. Il faut se baigner dans le lac très tôt ou au contraire très tard, en période de canicule, il faut s’éloigner du brouhaha de la plage pour contempler la décor de loin. Il faut sauter d’un bateau au milieu du lac, avoir un peu peur et puis finalement pas tant que ça.
Et puis le monde de l’animation. Tout n’y est pas rose, c’est impossible et on sait bien que les VHMSS sont partout, y compris ici. Mais. Reste que pendant cette semaine, on croise des profils incroyables, des gens capables de passer des mois voire des années sur des dessins, des découpages, des marionnettes… Beaucoup ont un rapport au jeu et à l’enfance qui autorisent les plus belles bizarreries en terme de look. C’est joyeux et c’est riche. C’est loin de Cannes, son sérieux, ses stars et ses paillettes. Des stars viennent ici tous les ans mais elles ne font pas les gros titres du monde de la prise de vue réelle. Des animateurs sont acclamés, on court après des dédicaces d’illustrateurs, on s’arrache des artbook à la libraire. Il faut faire une séance à Bonlieu, apprendre à faire un avion en papier, renvoyer celui qui nous arrive dessus, crier « Lapin » au bon moment, répondre « Ta gueule » à celui qui lancera « il va faire tout noir ». Il faut passer la nuit tombée sur le Pâquier et s’arrêter quelques instants devant le film projeté en pleine air… Même imparfait, le monde est plus joli quand il est animé !
Cette année, j’ai un petit studio près du lac, partagée avec une copine. Je n’ai pas d’enjeu direct mais tout de même : le projet que je co-écris est pitché par la réalisatrice dans une des sections. Ça fait une actu, et pour le projet, il y a un enjeu, donc indirectement, pour ma carrière aussi – mais c’est à plus long terme. C’est aussi un nouveau cercle de relation qui se déploie autour de la réalisatrice et des producteurs de ce long métrage. C’est excitant. Contrairement à la Sophie de 2012, je n’hésite plus à dire que je suis scénariste, ça serait malvenu mais je me souviens d’elle comme si c’était hier. Je ne découvre plus non plus les forces en présence, je suis membre active d’un syndicat, avec tout ce que ça peut impliquer, y compris de choses qu’on a envie d’éviter. Dans mes rencontres, il n’y a plus d’enjeu sentimental – on pourrait revenir un jour sur ce que ça fait quand tout se mélange un peu.
J’arrive donc à Annecy pleine d’enthousiasme (la météo est belle, elle devrait l’être toute la semaine) et d’une certaine manière aussi, assez sereine, prête à tout ce qui va être positif, tout ce qui pourrait advenir, pendant cette semaine, et au-delà ! J’ai pu réserver plein de séances, je cale mes quelques rendez-vous entre elles. Je n’attends pas grand chose, si ce n’est de passer un excellent festival. J’espère aller nager. Je sais que certaines soirées se termineront au Pré Carré.
Et j’ai envie de raconter tout ça un peu ici, autant que possible au jour le jour, pour partager un peu et voir ce que ça donne.